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Commémoration 11 novembre 1918

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Armistice de 1918https://marcoussis.mandibul.com/ecrire/?exec=article_edit&id_article=1083

Discours d’Olivier THOMAS :

M. le Président de la FNACA
M. le chef du centre de secours de Marcoussis
M. le représentant de la gendarmerie
Mon capitaine du 121e régiment du Train
Mesdames et messieurs les élus
Pompiers et JSP
Chers enfants du CME et de la chorale du collège Pierre-Mendès-France

Nous voici réunis au pied de notre monument aux morts de Marcoussis pour commémorer le 101e anniversaire de l’Armistice de 1918.
Il y a cent ans, la commémoration n’était pas encore de mise et il faudra attendre 1920 pour que le soldat inconnu soit inhumé sous l’Arc de triomphe, comme si les français, bien qu’ayant gagné la guerre, avaient voulu dans un premier temps l’oublier.
Comment ne pas le comprendre ?

Cette guerre a été la plus meurtrière pour notre pays, pour chacun de nos villages.
Le 14 juillet 1919, un grand défilé de la victoire a occupé les Champs-Elysées. Mais le pays a surtout comme priorité de se reconstruire, de redonner vie aux territoires marqués par la guerre, et ils sont nombreux dans tout l’est du pays. La campagne est massacrée, les forêts sont couchées et criblées de balles, les champs ne sont que cratères d’obus et tranchées.
Et puis, tous les hommes perdus dans la guerre, tous les blessés graves manquent à la vie économique et surtout agricole du pays.
Les familles sont dévastées. A la douleur d’avoir perdu leurs jeunes, leurs fils, leurs frères, leurs neveux, s’ajoute l’impossibilité de faire tourner les fermes sans leurs bras.
La France est encore essentiellement agricole et ce sont les femmes qui font tourner les exploitations, souvent avec l’aide de leurs enfants ou des plus anciens trop âgés pour avoir été mobilisés.
Chanceux sont ceux qui ont vu revenir leurs jeunes. Ils découvriront bien vite que même valides, ils sont marqués à vie par ce qu’ils ont vécu dans ces terribles tranchées.
Dans les usines c’est le même effet, ce sont les femmes qui les ont fait tourner pendant le conflit et cela va continuer.

Cette guerre a produit naturellement un changement profond dans la société française : celui du travail des femmes et même celui de leur émancipation.
Evidemment, il faut nuancer ce propos et la situation des femmes au lendemain de la guerre est différente selon les territoires et les classes sociales.
Dans les campagnes, comme ici à Marcoussis, ce sont les femmes qui ont fait tourner les fermes. Les travaux des champs s’ajoutent alors à leurs journées déjà bien chargées par les tâches domestiques.
L’absence des hommes a peu à peu modifié les relations entre patrons de fermes et ouvriers agricoles, mais également la relation hommes-femmes puisque celles-ci sont devenues patronnes par la force des choses. Les femmes parfois très jeunes et à contre-courant du modèle dans lequel elles ont grandi, prennent les choses en main, assument ce nouveau rôle et deviennent les gestionnaires des exploitations.
Mais nous sommes aussi en économie de guerre et les réquisitions sont nombreuses pour alimenter nos soldats et participer à l’effort de guerre. Aussi les femmes inventent des nouveaux modèles économiques avec davantage de produits transformés, ce qui leur génère plus de revenus mais également plus de travail.

Il y eut également des femmes dans la guerre. Des infirmières bien sûr, dont la célèbre Marie Curie qui délaisse son laboratoire et s’engage sur le front. Elle y amène, discrètement et contre l’avis des autorités, son matériel et ses techniques du rayon X qui lui serviront à localiser les éclats d’obus dans les corps des blessés. En peu de temps ses techniques font florès et elle développera 20 voitures radiologiques sur le front, 100 postes radio fixes dans les hôpitaux et formera 180 opératrices radios dans son école de formation !
Au total ce seront plus d’un million de soldats qui seront secourus grâce à elle.

Les femmes dans la guerre ce sont aussi parfois les espionnes. On connaît la sulfureuse Mata-Hari, mais ce sont des centaines de femmes qui ont travaillé de part et d’autre du front pour obtenir de précieux renseignements. Marthe Richard ou Mathilde Lebrun ont même été des agents doubles, infiltrées dans les services allemands pour communiquer des informations précieuses aux troupes alliées.

En 1919, rien n’est plus comme avant et comme le dit Shakespeare, ce qui a été fait ne peut plus être défait. Le 20 mai 1919, l’Assemblée nationale vote à une très large majorité, (344 voix pour et 97 contre), le droit de vote des femmes en France. Hélas le Sénat, très conservateur rejettera ce vote à 156 contre et 134 pour. Il faudra attendre 1944 pour que le gouvernement provisoire du général de Gaulle valide enfin ce droit de vote.
Dans les usines où les femmes sont devenues ouvrières, dans les campagnes où elles ont démontré qu’elles pouvaient faire tourner les fermes, la situation sociale n’est plus la même.
Mais rien ne leur est épargné. Les veuves, très nombreuses, doivent pour obtenir la pension de veuve, démontrer elles-mêmes que leur mari est décédé. Elles sont ainsi des milliers à se mettre en quête du corps de leur mari dans les fosses communes ou en fouillant les champs de bataille, car il fallait pour obtenir 800 francs de pension que le mari soit mort au front. Et bien sûr, celles qui ne sont pas mariées n’ont droit à rien.

J’ai une pensée émue pour ma grand-mère, qui en 1919 attend désespérément le retour de son fiancé qui ne revient pas.
C’est finalement un de ses camarades de tranchée qui, l’ayant promis à son ami mort dans ses bras, viendra annoncer à ma grand-mère la perte de son fiancé.
L’histoire aurait pu être terrible, mais elle finit bien car elle finira par épouser en 1920 ce camarade annonciateur, ancien de Verdun, qui deviendra mon grand-père.
Ici, à Marcoussis, dans notre village, les mères, les sœurs, les épouses, les fiancées, les enfants de plus de 110 poilus, ne reverront pas ceux dont nous égrènerons le nom, tout à l’heure lors de l’appel aux morts. Elles aussi ont façonné notre village, ont élevé leurs enfants, ont fait fonctionner les exploitations maraichères qui existaient nombreuses.
Aussi, ce matin, c’est vers ces femmes de courage que mes pensées se tournent, autant que vers la mémoire de tous nos disparus. Elles ne figurent pas sur ce monument aux morts mais leurs ombres sont là, qui nous accompagnent.

C’est notre devoir de mémoire. Celui de connaître notre passé, notre histoire. Celui d’en analyser les causes et les conséquences pour éviter que de tels cataclysmes se reproduisent.
Le nationalisme aveugle, celui dont Romain Gary disait qu’il est la haine de l’autre alors que le patriotisme et l’amour de son pays, est aujourd’hui encore, sur notre planète, porteur de grands malheurs. Mais comme si les leçons de l’histoire s’évanouissaient à chaque crise, il est encore des oiseaux de mauvais augure pour prôner le nationalisme et le rejet des autres.
Aimer son pays, ce n’est pas détester celui des autres. C’est la leçon de cette guerre et de celle qui suivra avec leurs cortèges de souffrances et d’inhumanités.

Je ne suis ni d’Athènes, ni de Corinthe, je suis citoyen du Monde, disait Socrate, comme si la double appartenance lui semblait impossible.

Moi, je suis de Marcoussis et je suis citoyen du Monde.